Lire la lesbienne

lirelalesbienne6Le monde est petit. Ces jours-ci, je retrouve une femme, Linda, qui fut ma collègue il y a plus de dix ans, dans une gosse boîte de communication. J’y occupais un CDD qui n’a pas eu d’avenir, et en suis partie après moult renouvellements, allant de trois à six mois. Linda était dans mon cas, précaire, et nous nous comprenions fort bien, riant, jaune, de notre sort : « Un CDD, dans ton cul, C’est Du Dur ! »

Nous étions placées sous l’autorité d’un chef sans états d’âme, à qui profitait le turnover des rédacteurs et des graphistes. Il nous faisait bosser comme des turcs en nous promettant monts et merveilles (alors qu’il ne pouvait rien pour nous et que la signature de nos contrats ne dépendait pas de lui), enjôleur, suffisant et menteur à tel point, que nous l’avions surnommé : la Carotte. Il s’est fait licencier alors qu’il était en CDI et c’est une autre histoire, mais en passant, je dis que cela ne nous avait pas, le moins du monde, attendries. Au contraire, Linda et moi (ainsi que d’autres crève-la-faim) y avions trouvé une forme de satisfaction, je dirais même, de justice : « Dans ton cul la Carotte. »

Plus haut dans la chaîne hiérarchique, bien au-dessus de nous, se trouvait une femme discrète, d’environ cinq ans mon aînée, Mlle R., Mathilde de son prénom. Je la trouvais dure, distante, impressionnante. Et belle. Et désirable. Je faisais beaucoup de rêves, de songes, érotiques, à son sujet. Mais je n’osais jamais l’approcher et même, m’en tenais à distance, persuadée que je devais lire, derrière son masque inflexible et sérieux, de l’hostilité et du mépris à mon égard. Or, il n’en était rien. Si elle m’avait souri, peut-être…

Il se trouve que Linda et Mathilde se sont retrouvées dans une autre boite de Communication, qu’elles sont devenues collaboratrices et amies, et se fréquentent désormais régulièrement dans la sphère privée. Mathilde est homo, cela je l’avais bien compris, en général les femmes qui me plaisent sont un peu comme elle, sportives, androgynes, assumées comme lesbiennes, et me donne l’impression de n’avoir peur de rien. Je me souviens de Mathilde arrivant à moto, et cela pourra paraître niais, mais pour moi c’était quelque chose, c’était admirable. Parce que j’en suis incapable, peut-être ? Froussarde. Et si elle tombe la bécane ? Et si elle est trop lourde pour être relevée ? Je trouvais complètement sexy, puissant, émouvant, de balader sa féminité sur une grosse cylindrée. (Une autre fois je raconterai comment j’ai aidé une motarde aux États-Unis, au bord d’une route, et ce que cette femme a fait pour moi par la suite, transformant mon périple, m’emmenant avec elle, on the road again, into the wildwest, dans des coins fantastiques. Tracy, mi-Cheyennemi-Cherokee. Elle avait une cinquantaine d’années, moi environ vingt-cinq, et elle m’a prise sous son aile, devenant immédiatement une amie, une sœur, plus authentique et sincère dans son affection que si nous avions eu du sang commun.)

Donc au hasard d’un dîner, je tombe sur Linda que j’avais perdue de vue. Nous nous retrouvons avec un véritable plaisir, et nous mettons à causer du bon vieux temps, des CDD, de la Carotte, et de Mlle R., Mathilde.

– Elle t’appréciait vachement, elle a beaucoup regretté que tu t’en ailles.

– Ah bon ?

– Oui, quand on avait picolé, un jour, elle m’a même avouée qu’elle avait eu un gros faible pour toi.

Roh…  Ainsi donc, encore une fois, je n’avais pas su lire la lesbienne. Tout faux Sido, qui croit qu’on l’aime quand ce n’est pas le cas, et vice versa. J’ai soulevé tant de dégoût pendant mon adolescence, j’ai généré tant d’animosité parce que j’aimais une fille, je pense que cela a altéré quelque chose en moi, faussé à jamais la perception que je me fais des autres et de ma petite personne. Je pars du principe que je suis intrinsèquement haïssable et que je mérite de me faire jeter. Pourtant, au fond, je sais être quelqu’un de doux et sensible, inoffensif et pacifique. C’est évidemment improuvable. J’aime être entourée, ne suis pas connue pour avoir sale caractère, ne me sens ni conflictuelle ni chipie ni tordue, mais ne parviens pas toujours à établir un rapport de confiance propice aux amitiés nouvelles et encore moins, aux relations amoureuses. La solitude me revient forcément et je l’accepte sans ciller, sans même me rebeller. Une de perdue, dix de perdues. Je n’accuse jamais personne et me jette la pierre avant que les autres n’en ai l’idée. C’est ma faute, c’est ma très grande faute, qui serait assez stupide pour vouloir de moi ?

Les beaux yeux bleus et durs de Mathilde me glaçaient, je sursautais en la croisant. Je pensais : cette femme me toise, je suis précaire, nulle, rien, infréquentable. J’admirais ses cheveux épais et noirs, toujours impeccablement coiffés. Les miens son fins et s’emmêlent, j’ai du mal à m’en occuper, les assemblant en chignon ou en queue de cheval pour avoir la paix (mais ils s’emmêlent quand même). S’il me fallait quelque fois aller dans le bureau de Mathilde, j’écourtais l’entretien au maximum, persuadée que je la gênais, l’agaçais, et que rien en moi ne pouvait éveiller son interêt.

– Elle ne pouvait pas te draguer, en tant que chef…

Je ne vois pas comment j’aurais pu la draguer non plus, en tant qu’employée jetable, comment j’aurais pu l’approcher, tenter de la séduire, sans passer pour une de ces lèche-fions qui me font horreur… Et puis, je fais très mal ces choses là, vite paralysée à l’idée de me dévoiler et de prendre un râteau. Il me semble aujourd’hui assez con-con de parler de Mathilde et des sentiments que je nourrissais pour elle, sans véritablement la connaître. Pourtant, je crois que c’est une des femmes qui a le plus compté pour moi. Elle m’a suivie longtemps. Je me console en me disant que je n’aurais peut-être pas aimé le grain de sa peau, ou son odeur, ou sa tête au réveil, ou la forme de ses doigts de pieds… Je me console mal, putain, je déteste les gouines ! Bande d’énigmes ! Casses-tête ambulants ! Et puis ça m’énerve d’être aussi coincée, taiseuse, timide, conne, bordel ! À la place de Mathilde, à la même époque, j’ai couché avec Audrey, (évidemment parce qu’elle avait fait le premier pas), une seule fois, merci bien, elle voulait que je lui pince les nibards, ça m’a tout coupé, ça m’a fait flipper et elle avait des tatouages à la con. Je n’ai tellement pas assuré au pieu, elle ne me faisait tellement aucun effet, ça l’a fâchée, et comme j’avais un enfant, elle m’a accusé de « n’être qu’une hétéro qui joue à se faire peur. » Meuh non, je suis une véritable homo terrorisée, nuance ! Et honnêtement, ses doigts de pieds étaient affreux.

Le monde est petit et la vie est mal faite, il y a les femmes avec lesquelles on a couché, et celles avec lesquelles on ne couchera jamais. Et impossible d’échanger. Audrey c’est Audrey, Mathilde c’est Mathilde. Une de perdue, deux de perdues. Et pour chacune, des regrets. Mais Mathilde, elle ne pouvait pas me sourire, non, elle ne pouvait pas me parler ? Au lieu de me fusiller du regard, comme une ennemie jurée, comme la dernière des dernières ? Au lieu de me faire peur ? C’est trop demander, les gouines, d’être un peu avenantes et lisibles ? C’est l’usage lesbien de faire la gueule à la fille qu’on désire ? Est-ce qu’il faut toujours comprendre l’inverse des signaux émis ? Tiens, je t’aime bien, toi, je vais t’ignorer. Ok, vous avez encaissé plus que les autres, la vie a été moins marrante, plus crade, avec les insultes, le rejet, qui vous ont souvent atteints en pleine face, en plein cœur. Alors que, vous, de but en blanc, comme ça, gratuitement, n’aviez malmené, ni haï personne. Mais entre gouines, franchement… Ne me faites plus cette tronche, allons, un petit effort, souriez-moi ! La prochaine lesbienne qui me tire une gueule de six pieds de longs, je l’enlace.

– Elle m’a dit qu’elle sentait de la gêne chez toi.

Et où il y a de la gêne… Mais comment, comment, comment ! Comment j’aurai pu être à l’aise ? Là, j’ai juste envie d’écrire une série d’injures : chiennerie de regard bleu glacial, qu’elle était belle, cette morue ! Comme j’avais envie de l’aimer ! Je pensais à elle, à ce qu’elle faisait le week-end, aux gens qu’elle côtoyait, à ses cheveux noirs, sa bouche pulpeuse, sa peau mate, son nez droit, sa voix grave, ça m’empêchait de dormir. Elle faisait partie de ma vie, sans en être. J’aurai voulu qu’elle me parle, pas de choses du boulot, mais d’un truc perso, qui m’aurait mis en confiance, mis sur la voie. Mais queud. Supérieure hiérarchique dans ton cul les fantasmes.

Roh, ça me tue, de n’entraver rien à rien… C’est encore plus simple d’être seule avec mon chat adoptif et mon Rubik’s Cube. Viens minou, viens mon Grelot, sur mes genoux, ou sous dans mon pull, au moins je vois clair dans ton jeu, tu veux des caresses et puis filer quand ça te saoule. Dis mon pépère, tu ne serais pas lesbienne, toi au moins ?

Je me demande ce que certaines de mes potes auraient fait à ma place, pour Mathilde. L’une aurait déposé un petit mot sur la moto. L’autre l’aurait allumée franchement dans son bureau. Une autre encore se serait débrouillée pour connaître son adresse et la croiser comme par hasard. Moi, rien. J’ai attendu. J’ai espéré. Sans piper mot, sans dépasser le stade du regard flippé. Et je suis restée en carafe, au bord de la route, en panne, moteur en croix. Je regardais passer Mathilde, du parking des deux roues au hall de l’entrée, et je l’ai laissée filer.

(J’écris le plus souvent en différé, mais depuis la Rando Gouine, le présent m’a rattrapé. J’en suis à : « Au cours de cette soirée, Cat va recevoir un SMS, un tout petit message, quelques lignes, quelques mots, qui vont vraiment foutre la merde entre nous ». Et je n’arrive plus à écrire plus loin, sans doute parce que je n’ai pas encore digéré. Ça va venir.)

Je relis mes notes de l’époque, je n’y trouve qu’attentisme et passivité. Morceaux choisis :

« Recroisé cette Mathilde du boulot. Elle me plaît mais elle me snobe. Ne sera pas pour moi. Ou plutôt, je ne serai pas pour elle. Hors de portée, ne fais pas attention à moi. Peut-être que c’est tant mieux. Hors de portée, c’est mieux qu’ordinaire. »

Tu as raison, il vaut mieux rêver les femmes, c’est moins dangereux.

« Je ne pose pas de questions sur Mathilde. Ça m’énerve, trois collègues m’en parlent spontanément aujourd’hui. Je ne sais pas quoi répondre.

– Tu la connais ?

– Non.

– Elle t’as déjà reçue ?

– Oui.

– T’en penses quoi ?

Rien.

J’avais envie de la déshabiller et de voir ses cheveux en désordre.

« Je ne fais que la croiser. Elle ne me regarde jamais longtemps. Elle n’aime peut être pas mes papiers ? Ou ma tête ? Chier. Elle a fait tomber son casque dans le couloir, elle a dit : Mais que tu es con, mais que tu es con ! J’ai souris. Contente de voir de l’émotion sur son visage, même si c’est de la colère. Je crois qu’elle a rougi. J’aimerais tant qu’elle me parle. Les chemises blanches sur sa peau, c’est divin. »

J’aurais mieux fait de lui écrire à elle…

« Je suis calme ! Je dois passer dans le bureau de chef-Mathilde : « N’importe quand demain matin ». Trop peur, j’irai juste avant le déjeuner. Si ça se trouve, elle ne sera pas là. Qu’est-ce qui serait le mieux ? »

J’ai manqué de courage, il faut le dire aussi.

« Choc en apprenant que chef-Mathilde ne sera pas là pendant quinze jours. Elle me plaît, ça m’agace ! Torture. De jolies mains. Jolies fesses. J’ai publié des photos d’elle sur l’intranet, pour la journée d’étude. Elle est belle. Belle tout le temps. C’est vraiment trop dommage de ne pas lui plaire. »

Roh… Ce flop, à posteriori, avec Mathilde, arrive mal, à un point de mon existence où je suis capable d’en additionner beaucoup d’autres, où je pourrais faire de longues listes. J’ai 44 ans, raté ci, foiré ça, manqué telle occasion, telle nana… Mais je ne vais pas m’attarder, tant il me semble que le processus s’est accéléré ces dernières années, et que, si j’en parlais, il pourrait se déchaîner davantage contre moi. Je n’ai jamais été superstitieuse, mais honnêtement, je serais en droit de me poser la question : mais qu’est-ce qui me porte l’œil ?

Je voudrais être une machine, pour redémarrer en mode sans échec. Mais je suis humaine et bien plantée. Tellement intergalactique que ma femme me préfère une carrière internationale.

lirelalesbienne1Easy, Darling, c’est just three months, just six, just nine, just twelve… And so on, and so on. First New-York, then Washington, then Paris, then Boston, then Paris again, then London.

Londres ! La cerise ! The cherry ! La ville de son exe ! L’exe de tous les dangers, l’exe fatale, l’exe parfaite ! Carafe intersidérale dans ton cul les irlandaises !

– Fuck you, Cat.

– Sido, you can’t stop loving me.

Non, en effet, je ne peux pas, non. J’aimerais bien, ce serait plus simple.

– But I can stop fucking you.

– No, youcan’t.

J’essaie. À chaque fois qu’elle vient à Paris, j’échoue. Des semaines, des mois pour me convaincre de ne pas la toucher. Pas touche, pas touche, pas touche, nan, nan, nan… Et deux minutes pour succomber.

Alors, qu’est-ce qui me manquait ? Quitter ma maison ? Griller mes économies en frais d’avocats, parce que le père de ma fille relance les tribunaux pour obtenir une garde alternée ? M’accrocher à l’écriture avec tout de même l’impression que c’est pathétique ? Quoi d’autre ? Je suis en chute libre depuis des mois, je n’en finis pas de me casser les dents et toute la gueule. Je me bats et n’emporte rien, m’épuise, vis avec l’impression que je ne comprend rien à rien, à personne, à comment s’y prendre avec les gens. Même ma fille m’échappe :

– Maman, si Cat est loin, tu vas redevenir normale ?

Oh putain, je n’aurais pas dû la laisser autant chez mes parents pendant les vacances scolaires. L’homophobie des darons, j’en avais l’habitude… Mais ma petite… Ma toute petite…

– Maman…

– Oui.

– Maman…

– Oui.

– C’est à cause de Madame Boisson qu’elle est partie, Cat ?

– Non, bien sûr que non.

Madame Boisson… C’est la seule femme qui a fait hurler Cat devant ma fille. Épouse d’un (autre) ancien chef avec lequel j’ai gardé de bonnes relations, elle a une fâcheuse tendance, avec un verre dans le nez, à devenir lesbienne. Le soir, où, chez nous, elle s’est approché de moi et m’a embrassé dans le cou en disant « Je vous adore, Sido… », Cat a littéralement pété une pile. Surmenée, exténuée, en plein jet lag, elle a mal contrôlé sa colère et ses propos. « What are you doing, what are you fucking doing under my roof, you fucking bitch ! » Ma fille a été surprise et apeurée. Elle n’a pas l’habitude de ce genre de scène, et a entrevu Cat sous un jour qu’elle ne lui connaissait pas.

– Alors, on va la revoir Madame Boisson ?

– Oui… Peut-être… Pas tout de suite. Pourquoi, tu l’aimes bien ?

– Bah oui, elle m’a apporté des bracelets.

– Oui, bon… Et Cat, elle te manque ?

– Bah oui, tous les jours. Maman…

– Oui.

– Pourquoi, nous, on ne va jamais à la fête foraine ?

Parce qu’on n’aime pas les bains de foule, la musique de daube, les gens qui hurlent, les barquettes de frittes.

– Ok, on va y aller.

lirelalesbienne9Et laisser 50 boules dans les manèges, les stands de tirs, le train fantôme, les autos tamponneuses, et revenir avec des peluches atroces, un serpent fluo, un donuts couleur caca, un lémurien halluciné, et aussi une boule anti-stress, un porte clé canard, coin-coin, et un immense sentiment de vide. Pas de perdants messieurs mesdames, tout vient de Chine !

– C’était trop cool !

Ma fille et sa meilleure copine avec des étoiles dans les yeux. Deux gamines que j’ai l’impression de ne plus reconnaître. Elles grandissent trop vite, pensent qu’Halloween et les écrans tactiles ont toujours existé. Est-ce que tout me quitte ? Est-ce que les dîners en ville sont bénéfiques ? Est-ce que revoir Linda m’a fait tant de bien que ça ?

– Tu veux que je vous remette en contact, avec Mathilde ?

– Oh, je ne sais pas… On verra.

– Je lui donne ton numéro ?

– Mais non…

– Mais si.

lirelalesbienne2Je m’excuse auprès des amis à qui j’ai dit : « Je te rappelle quand je vais mieux. » Je ne vais jamais mieux et ne rappelle personne. Et Mathilde n’est plus réelle, c’est trop loin, trop dur, au-dessus de mes forces. Pour lui dire quoi ? Quelle violence il faut que je me fasse, déjà, pour me pointer chez des potes avec une bouteille de pif et un bouquet de fleurs… Même voir les frangines de la Rando Gouine est devenu difficile. Je ne sais pas… Elles voudraient m’entourer, mais ça me fait encore plus de peine. Béné ça va, Marina j’ai trop les glandes, Romano vit avec Nana et elles vont si bien…

Sido down. Mon endroit préféré c’est mon bureau, avec Grelot. J’ai un peu honte de le dire, mais c’est ce chat qui m’aide le plus, actuellement. Avec lui, j’écris. Alors, je ne sais peut-être pas lire la lesbienne, mais mon prochain récit érotique va déchirer le cul des gouines ! Si je n’avais pas tant d’emmerdements, je le terminerai plus vite. Je croule sous la paperasse et les factures de baveux.

– Madame, il faut porter plainte pour harcèlement, et voici mes honoraires.

– Merci, maître.

– Je vous préviens, l’officier de police judiciaire risque de vous prendre à la légère, de vous proposer une main courante.

– Ah.

– Insistez, demandez-lui un rendez-vous. Obtenez une plainte.

– Ok…

– C’est très dur à prouver, les violences, quand il n’y a pas de coups.

Quelqu’un se dévouerait pour me foutre une raclée ? Je crois qu’il ne me faudrait ça pour avoir gain de cause. Au quotidien, je ne geins pas, je vais au taf, j’assume tout, les courses, la bouffe, les baveux, le commissariat, les parents d’élèves, la solitude et les insultes, mais ça fait beaucoup pour une seule femme.

– Maman, pourquoi nous…

– Parce que !

Je ne suis pas normale, ma fille ! Clostro-agorapho-spasmophilo-asthmatico-insomniaco-depressivo-gouine, voilà ta mère, et ne te plains pas, je suis certaine qu’il y a pire ! La fête foraine, c’est fait, il n’y aura pas de Mickey Land !

– Maman, tu vas bien ?

– Oui et toi, tu n’as pas des devoirs à faire ?

Bon sang, je me mets à parler comme ma mère ! Sauf que moi, je m’excuse aussitôt.

– Pardon ma belle, pardon… Ce n’est pas contre toi, je suis juste HS.

Je me demande s’il y a plus déchirée que moi. Le bonheur est-il derrière nous ? Aujourd’hui, je sais lire quoi ? Pas grand chose, pas l’avenir. Je cherche mes mots pour ma petite qui vient se blottir dans mes bras.

– On va y arriver mon bébé, rien que toi et moi.

– Et Grelot ?

– Et Grelot.

Et d’attraper un fou-rire, parce que, coin-coin, on s’est assises sur le canard chinois.

See you les gouines, take care, souriez-vous.

 

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Solitude lesbienne au monde

115b3352-ffe5-44d3-b60e-7cd40acaff54Je suis en formation depuis deux jours, deux longs jours d’un ennui profond, dans un centre paumé, dans une banlieue sans commerces, avec un self sur place et donc, des gens avec lesquels je dois demeurer toute la journée. Du matin au soir. Des chouquettes à la banquette du RER. Pour moi, c’est une véritable épreuve. Il n’y a aucune échappatoire. Même le café, après le déjeuner, est collectif.

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Solitude lesbienne au monde

Patator

Cette semaine, je ne croise pas du tout Grelot, ce jeune chat qui passe me voir à mes moments d’écriture, d’ordinaire si constant, tendre et doux, que je me suis prise d’affection pour lui. C’est la rentrée lundi, j’ai récupéré ma fille, avec, aussitôt : des cousines, des copains, des copines. Et surtout, il est arrivé ici un petit animal bien trop remuant pour Grelot, un irlandais de 18 mois, aussi incompatible avec un chat qu’avec le travail littéraire.

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Patator

Greli Grelot

J’ai essayé d’écrire un récit érotique dans un contexte non-érotique, anti-érotique, même, cet été. Gros échec. Trop de monde, trop de moutards, trop de parents, je suis en retard, soûlée, pas vraiment d’humeur, fâchée contre moi-même de n’avoir rien produit, et je peine à me replonger dans mon tapuscrit.

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Greli Grelot