Madame la Commissaire 

img_0464Je dînais dans un gîte de montagne, avec Cat (ma compagne), une poignée d’amies, et un groupe d’une dizaine de randonneuses que nous venions à peine de rencontrer. Parmi ces dernières, l’une m’a tout de suite paru familière, mais il m’a fallu plus d’une heure pour retrouver qui elle était, et dans quelles circonstances je l’avais rencontrée.

– Mais c’est qui, mais d’où je la connais, je la connais, mais c’est qui, bon sang, c’est qui ?

Quand elle s’est levée de table, preste, dynamique, pour aller chercher quelque chose dans sa chambre, ça a fait « tilt ». Sportive, autoritaire, décidée, flic !

Il existe de nombreuses façons de rencontrer des homosexuelles. En voici une :

Il y a quelques années, je me suis fait arrêter par la police, une méprise, alors que je venais de sauver quelqu’un, malgré moi, d’une agression, sur le périphérique parisien. La peur de ma vie. Le hasard des rencontres. Une course poursuite. Un type qui se jette dans votre voiture. Des assaillants qui essayent de l’en extraire. Des cris, des insultes, des coups, du sang. Le temps de comprendre, on a appuyé sur le champignon, on est devenu pilote. Quelques centièmes de secondes d’avance. Plus aucune vitre. Les impacts sont tellement forts, je crois qu’on me tire dessus. Un mec en sang, la portière ouverte. Des barres à mines coudées, aiguisées, plantées dans ma carrosserie. La fuite, l’entrée en trombe dans Paris. Et moi, voyant les gyrophares de la Police, me croyant sauvée.

Misère, je n’avais jamais approché les forces de l’ordre d’aussi près. Ne tirez pas, ne me jetez pas en prison ! Ils m’ont fait flipper… Extraction du véhicule, bras dans le dos, plaquage contre la voiture, comme la dernière des criminelles ! C’était sans ménagement. Le mieux, sur le coup, était de ne rien dire, ne pas résister, laisser tout le monde se calmer et se rendre compte de l’énorme erreur commise à mon endroit. Je suis innocente ! Une honnête mère de famille ! Et on est prié de me vouvoyer !

Riez, cette histoire aurait pu m’être fatale ! Je n’ose pas imaginer ce que les assaillants auraient fait de moi, s’ils m’avaient attrapée, alors que je venais de leur soustraire leur proie. Quelques centièmes de seconde d’avance, l’effet de surprise, cela peut être déterminant… Portière, barre à mines, vitres, pied déjà enfoncé sur l’accélérateur.

Et heureusement, mais heureusement, ma fille n’était pas assise à l’arrière de la voiture. Je pense que j’aurai alors cherché à l’en faire descendre, et me serais arrêtée. Mon Dieu… Et heureusement encore, dans le camp des policiers, la méprise sur mon compte va se dissiper assez vite. Tout de même, une poignée de minutes face des gens armés qui vous considèrent comme quelqu’un de potentiellement dangereux, ou louche, sont extrêmement longues et désagréables. On se sent mal, même quand on est l’innocence incarnée ! Je claquais des dents, ne pouvais pas contrôler les vagues de tremblements qui m’assaillaient. Une bosse bleue me poussait sur le front.

Vérification faîte, casier vierge, me voilà conviée au commissariat. Quoi, maintenant ? Mon passager a été emmené à l’hôpital. Il avait beaucoup de sang à la tête. Il en a mis partout dans la voiture (qui n’est pas la mienne car je n’en possède pas, et ai d’ailleurs une sainte horreur de conduire ; je ne suis qu’une rêveuse miro qui craint de mettre la vie des autres en danger.)

Au commissariat, j’attends… J’attends, j’attends… Enfin, je suis conviée à entrer dans un bureau. Premier policier : « Nom, Prénom. » Mais nous sommes interrompus, une autre affaire a surgi. Une famille vient quasiment de s’entretuer. Deuxième policier : « Nom, Prénom, vous allez me raconter du début. Non, vous allez attendre ici. » Je poireaute, mon affaire prend visiblement du retard, j’entends que certains agresseurs de mon passager ont été appréhendés, j’ai la trouille de les recroiser et me remets à trembler. Troisième policier : « Alors, à nous… »

Mais une femme déboule dans le bureau, sans uniforme, portant une chemise blanche, sur un jean.

– Tu peux aller aider, là-bas ?

Comme le policier se lève immédiatement et sort, je comprends qu’elle est plus gradée. Elle me fixe rudement, cherchant dans mes yeux la faille du criminel, sans doute, par habitude… Puis elle s’adoucit. « Ah oui, cave, casier vierge. »

Madame la Commissaire a la quarantaine, le cheveu dru, noir et court, l’allure sportive. Je pense tout de suite qu’elle est lesbienne. Mais je ne veux jamais être trop sûre de l’idée que je me fais de la sexualité des gens. Et puis, cette fenêtre sur l’homosexualité potentielle de mon interlocutrice est vite refermée. Madame la Commissaire me jauge, pose le regard sur ma bosse.

– Alors, ils ont été un peu rudes les collègues ?

– Un peu.

– Ils se sont excusés ?

– Non.

Elle va le faire pour eux, m’offrir un café, ce qui va me laisser penser que je peux lui poser quelques questions sur mon passager.

– Mais c’est qui, l’homme qui est monté dans ma voiture ?

Madame la Commissaire n’est pas bavarde, je ne vais pas insister. Le bonhomme est, comment dit-on ? Bien connu des services de Police. Lui et les autres, une vraie bande de dégueulasses. Des maquereaux en bande, la plaie des bas-fonds. J’aurai préféré sauver un brave type, on ne choisit pas.

Madame la Commissaire va écouter ma version de l’histoire, en l’interrompant de questions brèves, épaule contre une étagère, bras croisés, tête baissée. Je passe sur le détail de cette palpitante aventure (portière, barre à mines, vitres, pied déjà sur l’accélérateur…) pour ne donner que la fin de ma narration :

– J’ai cru que ces hommes allaient nous poursuivre alors j’ai foncé tout droit, jusqu’à tomber sur la Police, qui m’a confondue avec Florence Rey.

En service, Madame la Commissaire n’avait pas trop d’humour. A la montagne, elle s’avéra en avoir beaucoup plus. Elle était même drôle à table, et cela m’a étonné… Je l’imaginais dans la vie aussi sérieuse qu’au commissariat. Elle m’impressionnait. J’aurai voulu la questionner sur sa vocation, mais, ce n’était ni l’endroit, ni le moment. Je me suis même gardée de me rappeler à son souvenir, puisqu’elle n’évoquait jamais sa profession. Elle ne m’avait évidemment pas reconnue.

Je me demandais si Madame la Commissaire avait toujours voulu intégrer la Police… Moi j’ai toujours dit que je serai écrivain, mais, à 40 ans révolus, je n’ai pas encore franchement réussi. Je ne suis pas accomplie, je n’y suis pas.

Et, j’avais donc ma confirmation : Madame la Commissaire est bien lesbienne ! Alors là, j’étais contente, quand même, d’avoir vu juste. C’est qui qu’est pédé ? C’est la poliiice ! Elle était là avec sa compagne, à qui j’aurais aimé également poser quelques questions :

– Est-ce que Madame la Commissaire pose son flingue sur la table de nuit, est-ce qu’elle a des fantasmes de soumission, est-ce que tu lui marches dessus avec des talons aiguilles ?

J’aurai voulu mener mon enquête, voyez…

Non, sérieusement, j’aurai aimé savoir comment elle supportait la profession de sa conjointe. Vivre avec l’idée qu’un certain danger plane sur la personne qu’on aime me semble terrible. Madame la Commissaire peut, un jour ou l’autre, n’importe quand, croiser des gens pouvant menacer son intégrité physique. Non, personnellement, je ne sais pas si je pourrais le supporter. Ma compagne est décoratrice, alors… Le seul truc dangereux dans la décoration, c’est le canapé, dès lors qu’il y a plus d’une lesbienne pour le transporter. 1 Canapé + 2 lesbiennes = danger = occasion de toucher à l’intégrité du corps. C’est vérifié, c’est prouvé. Sinon, la profession est sans risque. [Message personnel à la décoratrice violemment tentée par Cat sur du lin gris nuage : Ne vas pas retenter ta chance, sinon je te le fais manger, ton canapé, et avec lui tout le Conran Shop.]

Madame la Commissaire, qui se prénomme Carole, et sa compagne, Valérie, allaient marcher dix jours avec nous. Que d’homosexuelles sur cette montagne ! Que de gouines à l’assaut des cimes ! Et combien de sujets d’études… Alors, allais-je me spécialiser dans l’observation des lesbiennes randonneuses, ces petites bêtes qui montent, qui montent, et que je poursuis, toujours avec une longueur de retard ? Pour le savoir, vous lirez la suite de ce palpitant feuilleton pédestre : Madame la Professeure.
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Et sinon, pour plus d’érotisme lesbien 😜, direction Amazon !

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