Planète Cat (extrait)

img_0909-3Chapitre 1 : Anna

Ce prénom, Anna, je l’avais entendu murmuré de la bouche de Cathleen qui s’endormait, alors que nous venions de faire l’amour pour la première fois. Ça commençait mal. Je connaissais donc l’existence d’Anna avant d’en entendre réellement parler, avais pressenti son importance et attendu, très peu, qu’elle arrive dans la conversation.

Anna et Cat, une histoire vieille de… Douze ans !
img_0427Avec beaucoup de ruptures, plus ou moins longues, des maîtresses, des gestes d’amour immenses, des désespoirs, des sauvetages, une loyauté sans faille, quasi des âmes sœurs, qui se perdent, se retrouvent, s’aiment, toujours, par-dessus tout, et se quittent, indéfiniment. J’écarquillais les yeux tandis que Cathleen comptait sur ses doigts : deux ans ensemble, séparées un an, six mois ensemble, séparées un an, deux ans ensemble, et ainsi de suite, jusqu’à faire douze années, dont les trois dernières de vie commune (leur record).

Une opportunité professionnelle, de nouvelles responsabilités, de nouveaux horizons… Anna, très affectée, a tout de même poussé Cat à partir. Larmes, hésitations, déchirement, mais comme toujours dans leur histoire, aucune ne doit faire de sacrifice, aucune ne peut représenter un frein à la réussite ou l’épanouissement de l’autre. Il n’est pas question que Cat refuse ce job, ni qu’Anna quitte le sien. Toutes deux sont décoratrices à Londres. Elles ont eu leurs années de vache maigre, de chômage, de bénévolat, de brocantes, de petits boulots, ensemble, ou séparément. Ce sont deux bourreaux de travail, deux femmes sans enfant qui se consacrent à leur carrière. Depuis quelques années, elles sont stables, lancées. Anna travaille pour des particuliers, et Cat, (qui n’a pas sa patience) a trouvé sa place à la télévision. Leurs familles, leurs amis, pensent qu’elles ont enfin admis être faites l’une pour l’autre. Ils sont estomaqués de voir Cat rêver à Paris, lui en veulent même un peu. Mais Anna craint les regrets, l’amertume. Elle n’empêchera pas sa Cathy de mener sa barque, ne la privera de rien, au nom de cette liberté qu’elles se sont toujours accordées. Un contrat de trois ans s’offre en France, avec une équipe, des moyens, ce pourrait être un tremplin pour Cat, et sinon, Londres lui tendrait toujours les bras.

Cat pose donc ses valises dans le XIe arrondissement et se jette à corps perdu dans son nouveau travail. Anna suit ses premiers pas, la soutient et la conseille, en amie qu’elle a aussi toujours été. Où en sont-elles ? Est-ce une rupture franche ou le début d’une « long distance relashionship » ? Le savent-elles ? Peuvent-elles se séparer, une bonne fois ?

Et me voilà, à peine trois mois après l’arrivée de Cat à Paris. Nous nous rencontrons lors d’un vernissage et nous aimons follement, immédiatement et pendant un mois, trente-six jours exactement, non-stop, sans plus pouvoir nous passer l’une de l’autre. On se retrouve n’importe quand, la nuit, le jour, dès qu’on le peut. Sexe, sexe, sexe, du feu de Dieu, vernissage à chaque fois, ko sur ko, trente-six chandelles. La quatrième dimension dans ma petite vie tranquille. L’homosexualité qui me pète à la figure. Cette sexualité est épanouissante, cette femme est merveilleuse. J’ai 36 ans. Aucune exploration de cette sexualité ne saurait avoir lieu sans cette femme-là. Il faut l’accepter, y plonger, corps et âme. C’est la bonne navette, la bonne destination. Bienvenue sur Planète Cat, où l’amour existe, où toute jouissance est permise.

Oui, oui… Mais tout n’est pas rose. J’ai quand même du mal à admettre que je m’attache à quelqu’un, et surtout à une femme, mon corps exprime mes peurs, je peux vomir au réveil, me bloquer le dos avant le week-end, tomber dans les pommes après un verre d’alcool… Anna, c’est le pompon. Anna qui ignore tout de mon existence et qui envoie des messages à Cathleen, sans arrêt… Elle m’inquiète, elle plane, comme un doute, sur cette histoire d’amour naissante, sur l’envie que j’ai, malgré tout, d’être avec Cat, sans la partager. J’ai vu sa photo, leurs photos. Grandes, blondes, toujours en train de sourire, l’irlandaise et l’anglaise, elles forment un beau couple, qu’est-ce que je viens faire là-dedans ?

Cat n’arrive pas à parler de moi à Anna. Je ne dis rien, constatant simplement qu’Anna est suffisamment importante pour que Cat redoute de la blesser. Cela me semble être une preuve d’amour incontestable, je suis tentée de fuir, j’essaye, plusieurs fois. Mais je ne résiste pas à Cat, impossible. Je ne me passe pas longtemps de l’idée de son corps nu et ne suis certainement pas en mesure de repousser ses avances.

– I just want to talk, I need to talk to you. I will not do anything, Sido, we will talk.

Cat doit aller une semaine à Dublin pour une fête de famille, puis, séjourner quatre jours à Londres. Là, je le prends mal.

– Don’t go to London !

– I will not stay to her place.

Pas chez Anna (anciennement chez Cat), mais juste à côté, à l’hôtel, réservé à la dernière minute. Je n’aime pas ça du tout. Elles vont se revoir, s’enlacer, pleurer et se retrouver, et Cat ne lui parlera pas de moi, et elles vont coucher ensemble puisqu’elles s’aiment toujours !

– I will talk to Anna, I swear, I will tell her the all thing, I need you to be sure of that.

Je ne suis pas sûre et n’arrive à rien prendre légèrement. Tout me parait compliqué et douloureux. Je m’accuse d’avoir autant de sentiments pour Cat, aussi vite. Mais enfin, voilà seulement trente-six jours que je la connais !

Cat ne me cache pas la teneur des derniers messages d’Anna. Celle-ci espère des retrouvailles amoureuses. Elle dit, en substance : « Je t’aime, je t’attends, je n’en peux plus de t’attendre, arrive. » Qu’elle nourrisse des pensées pareilles, en même temps que moi, alors ça, j’ai beaucoup de mal. J’explose :

– Talk to her !

– I can’t, by phone, I can’t, I’m sorry, I’ve tried !

– And now she’s waiting for you, she wants you !

– I’m back in ten days. Nothing’s going to happen over there, please, trust me.

« Trust in me, trust in me, shut your eyes… » Je vois bien qu’elle s’approche en parlant, qu’elle réduis la distance et veut me convaincre, appuyer son argumentation, physiquement. Je me raidis. J’ai horreur de toute cette situation et de la peur que je suis en train de ressentir, ça m’énerve ! Cat s’approche quand même.

– I need to see her, I have to. But I can’t loose you.

– Don’t go to London…

– Let me go there, and let me come back. Trust me, please…

Il doit bien être possible de voir Cat, lui parler, sans lui tomber dans les bras ? Mais non ! Avec sa chaleur, son odeur, sa douceur, elle me désarme. Elle n’est même pas encore contre moi, j’ai l’impression d’être déjà nue.

– Don’t you feel that I’m falling in love with you ?

Je le sens, oui. Je sens aussi qu’Anna est là encore, et pour longtemps. Leur dernière rupture n’était pas liée à du désamour, au contraire. Alors en comparant les deux situations, l’anglaise et la française, je trouve fatalement que la seconde ne pèse pas lourd dans la balance. Et je viens de passer trente-six jours, et trente-six nuits, dingues, avec Cat, des jours et des nuits comme autant de shoots d’une drogue dure, à la suite desquels je me vois imposer un sevrage brutal. Nous avons eu aussi des moments non-sexuels planants, surtout sous la douche. L’idée de son absence m’est insupportable. Six jours à Dublin, quatre à Londres, dix en tout ! Je vais être en manque, je vais morfler. Si je pouvais, je dormirais tout ce temps plutôt que d’affronter cela. Je me déteste d’être aussi bête. Je voudrais ne pas l’aimer du tout. Vas-y, ça m’est égal. Quatre jours, quatre nuits, à Londres, avec Anna, Anna amoureuse de Cat, Cat amoureuse d’Anna, parce que ça fait douze ans que ça dure, oh oui, trust in me ! Je trouve pitoyable d’attendre ici, parfaitement impuissante, pendant que tout peut se jouer là-bas, dans mon dos. Anna ne sait pas encore pour la chambre d’hôtel, elle s’attend à accueillir Cat chez elle, chez elles ! Elle a certainement tout préparé, le dîner, le lit… Cette fille est aussi dévastée que moi et luttera pour récupérer Cat, j’en suis persuadée. Je me sens maudite. Pourquoi tout ce qui me fait vibrer est toujours gâché par quelque chose ? L’inaccessible, le bordel, jamais simple, jamais gagné, cette poisse, cette loose, qui me colle à la peau, mais ça me fatigue !

Et alors que Cat me prend dans ses bras, je perds la force de la repousser, ou de lui rendre son étreinte. Je peux juste pleurer, m’effondrer du mal, et du bien, qu’elle me fait. Il est clair que je n’empêcherais rien, n’agirais sur rien, alors, pourquoi luter ? Et comment ? « I will not do anything, Sido, we will talk. », mes fesses.

(…)

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