Madame la Cheffe

img_0464Nana est une randonneuse discrète, menue, assez petite, dont j’ai cru, au début, qu’elle pourrait être intéressée par notre belle Marina. Mais non, pas du tout. Elle va plutôt rencontrer Romane.

Nana vient d’avoir quarante ans et réalise avec une certaine inquiétude n’avoir eu personne, sérieusement, dans sa vie, depuis une décennie. Elle n’a pensé qu’à son art, culinaire, et s’est satisfaite d’histoires sans lendemain, de filles de boites, de clientes, occasionnelles ou habituées. Aujourd’hui, son restaurant tourne bien, elle lève le nez de ses fourneaux, et se dit qu’il y a comme un vide… La fesse ne fait pas tout. Il manque quelqu’un.

Nana est réservée mais affable, et sourit pareillement à toutes les filles. Alors son visage s’éclaire, une grande douceur apparaît. Elle parle peu, d’abord, mais on la découvre vive et drôle, curieuse, chaleureuse, attentive. Nana, plus on s’en approche, plus on la trouve sympathique, et vraiment jolie.

Marina : C’est un mannequin miniature, la meuf.

Elle veut dire : un échantillon d’un canon de beauté propre au début du XXIe siècle, en Occident.

Cette randonnée est une mine d’or, lesbiennement parlant ! Et Nana est une pépite. Il faut creuser un peu pour la trouver. Les carats sont cachés sous le sweat à capuche et le pantalon un peu larges, derrière les regards sérieux et les grands silences.

Je la découvrirai à la cuisine, puisque j’aurai la chance d’être de corvée de peluche avec elle, et pourrais admirer sa dextérité et la beauté de ses gestes. Nana est une virtuose, son adresse est spectaculaire pour moi, si peu habile de mes mains. J’ai passé plus de temps à la regarder œuvrer qu’à éplucher mes légumes. De l’or dans les doigts : tchak, tchak, tchak, courgette !

Nana ne se déplace jamais sans son petit nécessaire de cuisine, un étui de tissu qu’elle déroule et qui contient des couteaux de proportions différentes. Ils ont chacun une histoire et viennent de plusieurs endroits du monde. Elle les chérit, ils sont lavés à la bonne température, essuyés, manipulés comme autant d’objets précieux.

Nana : Il faut sentir le fil de la lame. N’appuie pas trop.

Coutellerie japonaise épurée, qui me rappelle mon séjour là-bas et l’hallucinant marché aux poissons de Tokyo, que Nana connaît bien. Des halles fourmillantes et laborieuses, où ça coupe, ça tranche dans tous les sens, et où de véritables monstres marins sont exposés. Beaucoup d’autres choses sont vendues, que je n’ai pas toujours pu identifier, certaines avec des couleurs merveilleuses, du rose et du vert tellement japonais…

Nana : Ce devait être des algues.

Elle a passé trois ans à Tokyo et en parle avec des étoiles dans les yeux.

Nana : J’ai appris à contrôler mon rythme, mes émotions. J’ai trouvé ma respiration.

On dirait qu’elle parle d’écriture ou de musique…

Nana : J’ai trouvé ma patte, ce que je veux faire, comment je veux le faire. Je cherche dans ma direction. Je me fous du reste.

Mais oui… C’est exactement ça. Moi aussi quand j’écris c’est pareil, je fais à ma sauce, je me fous de tout. Je vais aussi apprécier Nana pour ses formulations concises et sans fard.

Nana : Tokyo, ça m’a fait avancer en trois ans… J’ai appris là-bas, en cuisine et en général, et j’ai aimé apprendre, tu vois ?

Sido : Oui…

Nana : Et plus j’apprenais, plus je me libérais de ce que j’avais appris.

Sido : Et tu travaillais beaucoup ?

Nana : Oui ! J’aurais été incapable de tenir ce rythme en France. Et en plus je sortais ! Sans Tokyo, je ne serai pas la même personne, j’en suis sûre. C’est beaucoup de rencontres. Enfin des rencontres, pas amoureuses, je veux dire…

Sido : Tu n’as pas connu de femmes là-bas ?

Nana : Si ! Si… Mais bon. J’en revois quelques-unes quand je vais à Tokyo.

Elle y retourne souvent, gardant des liens forts avec le milieu culinaire et celui de la nuit. Moi aussi, j’ai réellement adoré Tokyo, une des villes que je classe parmi les plus sûres au monde quand on est une femme. J’y ai fait beaucoup de marche, beaucoup de vélo, à toute heure du jour ou de la nuit. Et même les quartiers chauds m’ont paru gentils, comparés à ce que j’avais pu connaître en France (J’ai habité Château-Rouge, dans le XXVIIIe arrondissement de Paris, dans les années 90, alors que le crack déferlait.). Et si le Japon est tranquille pour les touristes, je ne dis pas que les japonaises ont la vie facile. Elles subissent les mêmes agressions que partout ailleurs, mais se taisent, semble-t-il, encore plus. Récemment (en juin 2017) la peine d’emprisonnement à l’encontre des violeurs est passée à cinq ans. La législation n’avait pas bougé depuis 1907 (année de l’adoption du Code Pénal Japonais) et la peine encourue était donc jusqu’à présent de trois ans. Mais, évidemment, sans témoignages, pas de sanction, pas de statistiques. Le viol a donc, comme partout, de beaux jours devant lui. Comment dirait-on « Balance ton porc » en Japonais ? Je ne sais pas, mais pour « Mee too » c’est « Watashimo » et cela s’emploie de plus en plus, ces temps-ci…

Le monde change, les réseaux s’élargissent, l’universalité apparaît, encore plus nette aujourd’hui peut-être qu’au cours des siècles passés, et les femmes parlent, enfin, et dans toutes les langues. Elles disent unanimement leur vulnérabilité et leur force. Mais ce message planétaire émanant du Féminin est désolant, si on y pense… Devoir alerter l’humanité sur le consentement sexuel… S’unir entre victimes… Ce serait donc qu’aucun type de société n’est tranquille, favorable aux femmes ? Ce serait donc toute une éducation, planétairement, à refaire ? D’ici un siècle ou deux, les historiens risquent de nous trouver assez pathétiques et sinistres : « Ces sociétés ne voulaient pas voir les violeurs comme porteur d’un déséquilibre pulsionnel grave, d’une pathologie dangereuse. L’idée courante de l’inéluctabilité du viol leur faisait jusqu’à ignorer le calvaire des victimes.» Oui, parce que, on peut l’espérer, dans le futur, au contraire, les femmes seront respectées et n’auront personne à balancer : « Me neither ».

Parlerais-je des femmes de l’immigration thaïlandaise, qui vivotent en pays nippon, travaillant dans des bars-karaoké minuscules ? Les clients viennent pousser la chansonnette, et plus. Elles sont méprisées, beaucoup sont frappées et se droguent. Je n’invente rien, je les ai côtoyées un peu, à Nagano. Je dirais que dans la société japonaise, elles comptent vraiment pour rien. Un soir, dans un de ces petits bars, une fille s’était affalée sur une banquette, visiblement sous l’emprise de stupéfiants, et alors que je m’en inquiétais, les japonais ont haussé les épaules, terminé leurs verres et leurs chansons, et nous ont laissé là, la fille évanouie, moi, et un dernier client, qui compulsait les chansons du karaoké pour m’en faire une en français : « La bohème, la bohème…. » J’ai fêté un de mes anniversaires avec ces femmes, dont je me souviendrais toujours. Heureusement qu’elles ne m’ont pas trop enivrée, j’ai pu refuser à la patronne, Khun Mae, ses avances et qu’elle me tatoue un tigre quelque part. Elle m’a donné un cours d’astrologie chinoise : je suis une femme tigre, on me craint, on m’exclut de certaines réunions ou sociétés, je suis l’égale d’un homme, supérieure même… Merci les Chinois, mais mon mètre-étalon ne peut pas être un garçon. Je ne peux pas m’y résoudre. Il ne faudrait quand même pas prendre le Masculin comme unité de mesure à propos tout et n’importe quoi, quand même… Y faire référence comme à une Bible… Inférieure ou égale, parfois supérieure, à un homme… N’importe lequel ? N’importe quoi. Il faut perdre cette habitude planétaire de considérer l’homme comme étant le point de comparaison absolu, c’est agaçant, à la longue ! L’homme a assez montré, qui plus est, depuis la nuit des temps, qu’il était indigne d’être suivi en exemple ! Alors, messieurs les Chinois, comparez-moi à une femme, à une déesse à la rigueur, quelque chose qui ait un peu de gueule !

Bref, avec un tigre sur moi, selon Khun Mae, j’aurais été invincible. Réussite garantie dans tous les domaines. Et de me montrer, à grands renforts d’exclamations, tirés d’un album photos (qu’elle se fit apporter, après un rapide coup de téléphone, par un homme « my body guard, my friend », en pleine nuit), les personnalités asiatiques et occidentales, actrices, sportives, politiques, tigres et tigresses tatoués par ses soins.

– No, thank you.

– Ok, no tatoo, but I keep you. Me, tiger for you.

Khun Mae était gouine, ok, je l’avais compris un peu tard, et eu beaucoup de mal à m’extraire de ses griffes.

– No, really, thank you.

Le truc était assez triste comme ça, je vous assure. Enfin, c’était gai et triste, une soirée entre le rire et les larmes. Moi, je ne me prostituais pas, je voyageais, mais mes finances me faisaient parfois louer des chambres dans coins qui n’attiraient pas les touristes. J’ai aussi fréquenté des établissements plus huppés, surtout à Tokyo, où des filles disparaissaient derrière un rideau suivies par des messieurs ; ça me coupait l’appétit. C’était aussi de la prostitution, avec des japonaises cette fois, et dans un cadre feutré. Je ne vendais toujours pas mes charmes, mais avais rencontré un couple qui voulut bien me faire voir Tokyo à sa façon : les très décadents Tomo et Aimi. Chic et trash. Ça m’a secoué. Je suis entrée dans des bars, dans des boites… Et des sex-shops à étages, des immeubles entiers, des godes à n’en plus finir, et de tout, culottes, costumes, collections de poupées, miniatures d’écolières aux poses suggestives, tout, dans toutes les teintes, curieux… Parfois, il y avait un rideau (encore un rideau) et il était mal vu, disons interdit, aux femmes d’entrer. Mais moi, en tant que qu’étrangère, j’entrais, car au-dessus des codes et pardonnée pour mes infractions, que j’ai d’ailleurs multipliées. Derrière le rideau, c’était des films vraiment violents. Grosse mode. Affreux. Massacres de femmes. Passons. Avec Tomo et Aimi, je suis montée dans des voitures anciennes et j’ai bu des whiskies rares dans les cieux, si haut… Je suis tombé amoureuse du Tokyo Forum. J’ai fait la fête avec des filles habillées en marquises. Dans le Quartier Electrique, pour la seule fois de ma vie, une femme m’a proposé un rapport sexuel tarifé. Elle était américaine, je crois, camée, je suis sûre.

– No thank you…

Ensuite, j’ai connu Sato, un vieux monsieur qui m’a baladé à travers le Japon, à 40 km/h dans son camping-car grand luxe : « Larger than life my truck ! » J’ai adoré, adoré, c’était exactement la bonne vitesse pour des paysages renversants. Et pour mes problèmes de tension. Sato était sage, bénévole pour entretenir les chemins de montagne, il connaissait les lacs de soufre, les rivières, les côtes, les plages, les villes, les villages, les restaus, les bouis-bouis, les bains, tout, tout le monde… Le Japon comme sa poche, l’Histoire sur le bout des doigts, la main sur le cœur. J’ai bu ce thé, parfait, avec lui, au musée d’Hokusai, également près de Nagano :

– Girl, I wish you were my daughter.

– I wish it too, Sato San.

Mon papa japonais… Mais jusqu’où me fera remonter cette Rando Gouine ? Nana est comme moi, intarissable dès qu’il s’agit de nos voyages. Elle me racontera comment elle a profité de son séjour en Asie pour se rendre aussi aux Philippines, en Malaisie, en Indonésie… et me donnera envie de repartir tout de suite !

Nana : Bon, les Alpes, c’est cool aussi.

Sido : C’est très cool, c’est vrai…

Sri Lanka, Thaïlande, Cambodge, Vietnam… Aucun de ces pays, aucun coin du monde, n’a pu supplanter le Japon dans le cœur de Nana.

Nana : Dans une autre vie, j’ai dû être japonaise…

Sido : Moi pas.

Nana : Tu aurais été quoi ?

Sido : Je ne sais pas… Tzigane ?

Nous discutons longuement, et puis comme ça, en passant, Nana me glisse une question sur Romane. Ah. Romane. Excellent sujet. Vaste sujet. J’avance doucement, parce que je ne suis pas une de ces horribles marieuses… (Romane est merveilleuse ! Elle a une voix merveilleuse ! Elle chante divinement ! Elle est douce, honnête, gentille, célibataire ! Elle balance des skuds hilarants quand tout le monde se tait ! Elle est musicienne, courageuse, entière, ses cheveux sont épais, ses regards sont profonds, son cœur est grand, c’est l’Européenne des Portraits du Fayoum !)

Comme Marina ou Bénédicte (randonneuse que je n’ai pas encore présentée), Romane est une amie fidèle, à nos côtés le jour de l’An, le jour de notre déménagement, et certains jours plus tristes, aussi. Romane c’est ma cop, on se comprend dans les détails. Nous sommes lectrice, public, critique l’une de l’autre, sans rien se passer, sans se faire de cadeau : la fin ne va pas, tu te défiles, mauviette, fais-moi une vrai fin.

Romane a vécu dix ans en couple avec E., qui est sortie de sa vie subitement et sans explication. Cette rupture brutale l’a fortement ébranlée. Cette exe, que j’ai bien connue, contre laquelle je n’avais et n’ai toujours, aucune animosité, a rompu avec Romane et avec tous les gens qu’elles côtoyaient ensemble, du jour au lendemain. Cat, Marina, Bénédicte et moi, en faisions partie. Il ne nous a plus été possible de joindre E., pas plus que la croiser. Bon… Je ne juge pas cela, j’imagine qu’elle avait ses raisons, que nous ne connaîtrons pas, mais elle laisse un petit goût âpre, une gêne, qui fait qu’on ne l’évoque plus guère. On préfère passer. Elle se résume à une seule question, qu’il est lassant de se poser. Et, réduite à sa fuite, les autres souvenirs d’elle sont un peu gâchés. Notre amitié, jadis sincère, est grippée, aucun mouvement ne semble plus possible. Nous nous sommes blindées, insensibilisées. E. a rompu avec nous toutes il y a trois ans, Cat me le disait alors mais je ne voulais pas y croire : nous ne la reverrons jamais.

Soit… Il nous restait Romane, sur le carreau. Dix ans de sa vie balayés d’un coup, ses jambes ne la portaient plus.

– Hop la, Romano, tu vas venir habiter chez nous un petit peu !

Evidemment, à Nana, je ne parle pas de cette période de dépression, ni de ce qui va suivre, sa platonique histoire avec une hétérosexuelle qui lui interdit toute autre relation véritable. Le pire, c’est que Romane le réalise très bien. Elle nous demande conseil… Personnellement, je lui préconise de prendre ses distances et, m’en remettant toujours au temps, lui dis que son attachement pour cette fille va passer, va se transformer, quand la peur aura levé le camp. Pour l’instant, la défiance barre la route de Romane dès qu’une homo est en vue. Danger danger. Pas bouger. Préférerons plutôt une femme hors d’atteinte et hors d’état de nuire.

Marina : Mais, Romane, tu ne vas pas te faire nonne ?

L’abstinence de Romane est quelque chose que Marina ne peut pas comprendre. Mais moi, si. Chante Romane, la libido est aussi dans ce qu’on aime faire (qu’est-ce que je prends mon pied quand j’écris, moi !). Joue du piano, de la guitare, du violon et tout ce qu’il est possible de jouer. Et si, faire l’amour avec n’importe quelle fille ne te tente pas… No thank you. On n’est pas obligé, non plus.

Mais, dans le cas de la jolie Nana, Marina et moi sommes bien d’accord, Romane aurait tort de ne pas s’y intéresser.

Marina : Mais essaye, Romane, essaye. Et même si ce n’est pas l’histoire de ta vie, et alors ? Ça te fera du bien.

Romane (écœurée) : Oh…

Marina : Détend-toi un peu. Il y a des gouines partout et on est là, à te convaincre de ne pas kiffer ton hétéro, non mais franchement… Alors que Nana te tend les bras…

Romane : Elle ne me tend pas les bras.

Marina : Oh tu soules, Romane, tu soules ! T’es en vacances ? On est en vacances là ?

Romane : Tu es tout le temps en vacances, toi…

N’allez pas croire, elles s’adorent. A un moment, Nana et d’autres filles passent devant nous pour aller sur la terrasse.

Marina : Arrête de baisser les yeux quand elle te regarde, déjà !

Romane : Je sais…

Marina : Réponds-moi, elle est libre ?

Romane : Oui…

Marina : Elle est canon ?

Romane : Oui…

Marina : Et tu restes assise ?

Romane : Oui !

Marina : Mais tu vas la voir !

Romane : …

Marina : Sido !

Sido : Oui ?

Marina : Tu peux m’aider, s’il te plait ?

Sido : Vas-y Romane. Elle est vraiment sympa, Nana.

Marina : Sympa ?

Marina pince les doigts et me fait toute une gestuelle italienne indignée : Ma cosa dici ?

Je lui réponds, pareil, avec les mains : Dico che è simpatica per cominciare, babbea !

Marina : Cat ! Cat ! Viens ! Dis à Romane de se bouger pour Nana, moi je n’en peux plus, là…

Cat : Tu ne lui as toujours pas parlé ?

Romane : Mais si…

Cat : Alors ?

Cat cherche Nana du regard.

Cat : Elle est où ?

Marina : Elle est sur la terrasse !

Cat : Seule ?

Romane : Non.

Cat : Bah vas-y…

Marina (faisant mine d’être à l’agonie à force de l’avoir répété) : Vaaaas-yyyyyyy !

Cat : Vas-y, je te rejoins dans deux minutes. Si tu es seule, je viens te voir. Ok ?

Romane : Oh la la la les plans…

Cat : Allez ! Je te rejoins.

Cat et Marina poussent Romane en direction de la porte.

Marina : Elle va le faire ?

Cat : Oui…

Cat fera son tour dehors et, constatant Romane et Nana assises en train de discuter, rentrera nous le dire aussitôt.

Cat : Done.

Nous allons attendre… Et voir réapparaître peu à peu les randonneuses, par deux ou trois, mais pas Romane, ni Nana. Et ainsi, souvent, elles passeront de longues heures ensemble, et se séparerons, et se retrouverons, tout le temps de cette Rando Gouine.

Marina : Il ne se passe rien ?

Sido : Mais non il ne se passe pas rien…

Cat : Elle t’a dragué un peu ?

Romane : Non… Enfin, si…

Marina : Et toi ?

Romane : Un peu… Je suis bloquée, je n’ai pas de salive, il y a des blancs, je ne sais pas quoi lui dire.

Marina : Pas de salive…

Sido : Ce n’est pas grave, les blancs.

Une musicienne devrait pourtant savoir que les silences sont très importants. Romane pose une main sur mon épaule et son front par-dessus. Hop là, Romano, ce geste-là nous ramène quelques années en arrière… Je l’enlace un instant et dépose un gros baiser sur ses cheveux. Les doutes, les peurs, les blocages, et deux ou trois penchants phobiques, sont des choses que nous partageons, Romane et moi. J’ai peur de ça. Moi de ça et de ça. Oh la la… J’étouffe, je descends du wagon. La gerbe. J’ai envie de faire pipi quand l’avion décolle. Je tiens un truc, écoutes. Mais attention ça me fait pleurer. Là, je suis zarb, tu me trouves zarb ? Jamais. Sois aussi zarb que tu veux. Tu m’aimes vraiment comme ça ? Oui. Même si je vomis avant de monter sur scène ? Oui, looseuse, je te passe une serviette sur la tronche, je te fiche mon pied quelque part, et tu joues.

Cat : Il faut que tu lui fasses comprendre un peu…

Romane (se redressant) : Oui, je sais.

Cat : Allez, ce soir, tu l’embrasses !

Romane regarde Cat, horrifiée. C’est trop haut. Embrasser Nana ? Feu aux joues. Œil fixe. Fièvre. Petite suée dans le dos, frisson, bouche cousue. L’enfer des timides. Le Rouge et le Noir. Julien Sorel voulant toucher la main de Madame de Rênal.

Sido : Bon… Lance-lui une invitation, pour, peut-être… Juste après la randonnée ?

Romane : Oui.

Je la connais ma Romano. Elle n’est pas à l’aise au milieu de nous toutes. Elle ne pourra pas courtiser Nana ouvertement, même s’il est évident qu’elle est sous le charme. Rien ne va se passer ici, parce qu’elle ne supporterait pas que cela soit débattu, public. Son sens de la scène s’arrête au chant et à la musique. Romane est bien trop pudique pour vouloir faire de sa rencontre avec Nana le sujet de nos conversations.

Marina : Bon bah rendez-vous dans un an, hein…

Sido : (Gestuelle italienne implorante : Marina per favore…)

Chi va piano va sano. Et Nana sera sensible à cette pudeur, à cette non-précipitation chez Romane, alors, chemin faisant, chemin cheminant, pas à pas, de gîte en gîte, de terrasse en terrasse, elles conviendront de se retrouver seules à Paris. Et de s’aimer. Mais, c’est une autre histoire.

Bien ! Une de casée ! Suivante ! Bénédicte, par ici, ma fille ! A nous ! Tu aimes qui toi ? Une homo. C’est déjà ça. Une homo, en couple et heureuse en ménage ? Vous le faites exprès ou quoi ? Ma parole, on dirait que c’est compliqué d’être gouine !

Vous lirez le prochain épisode de ce désespérant feuilleton pédestre : Madame la Gestionnaire.

__________

Et sinon, pour plus d’érotisme lesbien 😜 direction Amazon !

Publicités
Madame la Cheffe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s