Mesdames Dupond et Dupont 

Et les gouines montaient, montaient, et Madame la Professeure et moi peinions à suivre leur irrésistible ascension vers les cimes… 

Ce n’est donc pas lors de la marche que je vais pouvoir me pencher sur mon nouveau sujet d’étude, un spécimen gémellaire : Mesdames Dupond et Dupont. Impossible de les suivre, il faut attendre les repas, les soirées, les matchs de Foot, pour les observer. Elles ont trente ans, ce sont les plus jeunes de la troupe. Et ce sont des sportives, avant tout des randonneuses, des vraies, qui crapahutent dans les montagnes, dans les villes, partout, toutes les vacances, tous les week-ends. Elles regardent les estimations données par les guides de randonnées et divisent le temps de moitié. Ce qui leur laisse le loisir de s’adonner à toutes sortes de jeux de balles, Foot, Basket, Tennis…

Evidemment, elles évoluent dans le groupe de tête, celui qui largue tout le monde en cinq minutes et bénéficie des douches chaudes à l’arrivée, sans pitié. Laure et Lise : la même taille, coiffées à l’identique, habillée par la même ligne de vêtements « outdoor »… J’avoue que je vais mettre un petit moment à les distinguer. Elles doivent l’entendre, la traditionnelle question aux lesbiennes : 

– Vous êtes sœurs ? 

Laure et Lise sont impeccables. Défilé Automne-Hiver 2017. Même après plusieurs jours de randonnée, leurs vêtements ont l’air fraichement repassés. Nouveaux textiles, nouvelles matières, équipement de pros, jusqu’aux gourdes à tuyaux et aux montres GPS. Je spécule, j’imagine leur appartement tout aussi rigoureusement moderne et organisé. 

Alors, laquelle est informaticienne, laquelle est logisticienne… Evidemment à la longue, je les différencie. L’informaticienne, c’est Laure, la marrante, l’énergique, celle qui est toujours prête à jouer au Foot, même après des heures de marche. Et quand Laure a réussi à convaincre Lise de chausser les crampons, elle perturbe son jeu en lui mettant des mains aux fesses, en l’attrapant par l’arrière du short ou carrément par la culotte. J’ai les preuves, j’étais sur la touche à prendre des photos. Parce que moi, en revanche, personne ne peut me convaincre : 

– Sido viens jouer ! 

– Jamais ! 

– Tu fais gardienne ! 

– Jamais ! 

Après une rando, un tel dénivelé ? Mais j’ai mal aux pieds, aux jambes, je suis fatiguée… Si quelqu’un me fonce dessus avec un ballon, je m’écarte, s’il me bouscule, je tombe. Et puis se faire arracher les sous-vêtements, non merci… Je croise le regard de Cat. Quoi que…

La partie reprend sur le carré de prairie. Lise contre-attaque, en pratiquant le pelotage de seins et de tout ce qui, de Laure, passe à sa portée. Entre elles-deux, le Foot dégénère en Rugby, ou en Catch, avec de grands rires. Dupont prend le dessus, non, Dupond est revenu ! Cet élastique ne tiendra pas jusqu’à la mi-temps ! Attention tout de même à ne pas se coincer le kiki ! Duo de clowns entraînant les autres dans la déconnade. Mes photos sont floues, j’ai des mains, des fesses, mais à qui appartiennent-elles ? 

Malgré son autorité naturelle, Carole, Madame la Commissaire, peine à rétablir le calme et le bon déroulement du match. Obstruction ! Péno ! (Je ne comprends rien.) A chaque action, Lise et Laure essayent des coups en douce, et rient avant même d’avoir réussi quoi que ce soit. Des chiots, ivres de jeunesse et de jeux. Et c’est bien ainsi, car Lise n’a pas toujours été bien traitée par les femmes. Par une, surtout. 

Avant madame Dupont, elle fréquentait Madame Vampire, abusive et violente, qui l’expédia à l’hôpital, qu’elle expédia au tribunal. Cette histoire va surgir lors d’un repas et faire débat : les gouines ont beaucoup à dire sur la maltraitance, qu’elle soit physique ou verbale. J’avoue avoir un peu de mal à me figurer que la violence puisse s’immiscer entre deux femmes au point d’en envoyer une aux Urgences… Cela me paraît extraordinaire, impensable. Et pourtant, appuiera Madame la commissaire : c’est fréquent.
Par expérience, j’ai tendance à étiqueter la violence comme étant masculine. Parce que les individus les plus dominés par elle, que j’ai pu croiser dans ma vie de femme, depuis les petites classes jusqu’à aujourd’hui, les plus à même d’être agressifs et dangereux envers moi, arbitrairement, par plaisir, parce qu’ils le pouvaient physiquement, appartenaient au genre masculin. Je n’ai jamais eu à me méfier des femmes, à Paris, au Caire, à Prague, à Delhi, ni nulle part, et j’ai pas mal voyagé. Des hommes par contre, oui, j’ai dû m’en méfier absolument partout. J’ai été suivie, emmerdée, tripotée, dans les métros parisiens comme dans les ruelles indiennes. J’ai été arrosée de bière et d’insultes, bousculée, parce que j’avais fait l’affront à un inconnu de ne pas répondre à son apostrophe familière, à Sydney. Il prétendait pouvoir m’enseigner des notions de respect à l’aide de ses parties génitales, j’ai détalé avant de prendre ma leçon. 

Donc, pour moi, une femme qui serait physiquement violente, s’abaisserait à la bestialité, que j’associe viscéralement à une tare d’homme, de certains hommes, disons, mais qui sont légion à la porter, si l’on en croit le nombre vertigineux d’agressions (sexuelles ou non) qu’ils commettent sur les femmes, en famille et dans l’espace public, partout dans le monde, aujourd’hui et depuis toujours. (Rien que pour se mettre en bouche, on lira l’Etude Nationale sur les Morts Violentes au Sein du Couple, disponible sur le site internet du Secrétariat d’Etat en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes. Les études des années précédentes sont également disponibles. Comme ça, on peut faire des comparaisons, des moyennes. Allez, à la louche, au début du XXIème siècle (en France) : un homme tue une femme tous les trois jours.) 

Sexe faible, oui vraiment. Sexe occis à la naissance même, à certains endroits de notre belle planète, sacrifié sur l’hôtel du Masculin. Ah, non, une fille, ah non, couic. La dote ou la vie. Féminicide, depuis des siècles, pour un tout petit, aléatoire, et si joli, chromosome X. Supériorité de naissance pour le Y, absolument partout et de tout temps, aussi injustifiée qu’un privilège de caste, Rajput et Intouchable, noble et gueuse. 

Je connais pour ma part la violence des femmes, des femmes hétérosexuelles, des femmes hétérosexuelles de ma famille. Les lesbiennes les horrifient vraiment. Je les horrifie vraiment. Honnêtement, je crois qu’elles préfèreraient que les gouines n’existent pas. Du coup, elles ne m’incluent jamais tout à fait ; elles m’oublient, sans même le faire exprès. Jusqu’au décès d’une grand-tante, que j’apprends avec retard, chagrin et colère. Olga est partie, la cérémonie est passée, et ni ma grand-mère, ni ses sœurs, ni ma mère, ni ma sœur, ni une tante, ni une cousine, ni une nièce, n’a pensé que je pouvais être concernée. Que j’étais concernée. 

– Ma grande, on t’a, zappée, c’est fou, on t’a, toutes, zappée.

Cette violence-là. Pour dire la vérité, et c’est lié à cette omission collective, Olga n’est pas, dans mes palanquées de grand-tantes, anodine pour moi. Elle est la seule à m’avoir toujours ouvertement encouragée à aimer qui je voulais ; longtemps, on m’en a tenue éloignée. Fêtarde, buveuse, fumeuse, jouisseuse, elle aussi, les hétérosexuelles dominantes auraient préféré qu’elle n’existe pas ! Voilà, elle n’existe plus, sauf pour moi (et pour vous, si vous voulez bien vous figurer une vieille dame drôle et tendre, gay et friendly.) Mais… Et les hommes, me direz-vous, ils ne peuvent pas donc pas prévenir ? Dans ma famille, non, l’information ne passe pas par eux. Il n’y a pas de réseau. Mon père ne me téléphone jamais. Et si je l’appelle, même sur son portable, après s’être assuré que je vais bien, il se débarrasse de moi : 

– Attends, je te passe ta mère. 

Je me manifeste forcément pour un détail d’organisation qui ne le concerne pas et qu’il n’a pas besoin de connaître. Le quotidien est affaire de femmes. S’il me demande : 

– Rappelle plus tard, tu veux ? 

C’est que ma mère n’est pas là (et elle, n’a pas de portable). Mon père ira chercher l’un ou l’autre à la gare, ou acheter le pain, de bonne grâce, mais sans jamais avoir pris aucune initiative. Donc il ne s’occupe pas des réunions de famille, qu’elles soient d’ordre festif ou funéraire. Les invitations, les cérémonies, les repas, tout sera géré par les femmes. Et donc, pour la mort d’Olga, c’est le matriarcat que je blâme : 

– Mes petites, vous me désespérez, toutes, profondément. 

Et je, dédie, à ma, grand-tante, cette, modeste, Rando Gouine.

Mais revenons à Lise et à sa Vampire, à la violence dans le couple lesbien, au passage à l’acte, à l’injure qui s’incarne, aux volées de coups. Comment peut-on en arriver là ? Evidemment, Lise ne se pas fait démolir le portrait du jour au lendemain. Ça vient peu à peu, ça prend, comme une mayonnaise, jusqu’à devenir une habitude, puis un jour ça va trop loin. 

Elle ne se souvient pas de la première gifle ? Ce qui m’épate aussi c’est qu’elle endure plus d’un an ce traitement, cet enfer quotidien de domination financière, verbale et physique, sans jamais se confier à personne. Quelle solitude ce doit être, aller travailler quand on est meurtrie, salie, insultée… La journée doit être terrible, dégueulasse. Et rentrer chez soi, en sachant qu’on sera battue, encore… 

Pour se dégager de sa tortionnaire, il faudra à Lise un électrochoc, une image forte sous une rangée de néons : se voir sur un brancard, seule, fauchée et salement amochée. Elle réagit, appelle sa famille à la rescousse (elle n’a plus beaucoup d’amis, Madame Vampire a fait le vide autour d’elle), récupère quelques effets personnels et porte plainte. Traques, menaces, intimidations, jusqu’au procès. La fuite de Lise exacerbe la violence de Madame Vampire : Me quitter, comment oses-tu, misérable, moi qui te traites si bien ? Et j’irais en prison pour toi ? 

Et elle ira, en effet, purger sa peine. On se demande, sans cette incarcération, jusqu’où Madame Vampire aurait poussé la bestialité. En fait, on ne se le demande pas, on le sait bien, mais on n’ose pas approcher l’idée : l’homicide. Alors vient immédiatement la question de la détention : aura-t-elle été bénéfique ? Une autre éventualité effroyable se dessine : la récidive. 
Et un ange passe. 

Lise, Lison, Lisette, impeccable et joyeuse, elle est bien mieux avec Madame Dupont, dont les attaques footballistiques à l’élastique expriment seulement sa gentillesse et son attrait pour elle. Mieux vaut un chiot joueur qu’un molosse enragé, la passion « outdoor » que les portes dans la gueule. Elle garde de tout cela une cicatrice sur l’épaule, qu’elle montrera, vilaine blessure de guerre, inscrite là pour ne pas oublier. Humérus fracturé, quand même… Je suis coite. Aurait-elle pu subir, aussi, des violences sexuelles ? Tant qu’on y est…. Mais je ne vais pas poser la question. S’il y avait, en plus, une plaie de cet ordre, je ne voudrais pas être celle qui y remue le couteau de la curiosité. 

Et pour continuer dans la poésie, terminer de plomber l’ambiance, les filles se mettront à raconter les coups, les insultes, les crachats, les avanies, les veuleries, toutes ces petites tracasseries auxquelles elles ont dû faire face, comme inhérentes à l’existence des lesbiennes. 

– Hé oui, c’est la vie, sale gouine… 

Valérie et moi dresserons des listes de noms d’oiseaux qui nous caractérisent, ou nous ont caractérisés ; elle ne peut pas, cette Chevalière de la Manchette (je féminise l’expression) s’empêcher de retourner au XVIIIe siècle. Notre répertoire aura son petit succès et le mérite de chasser les idées noires. De la bonne humeur, bande de broute-minous, ouvrières du bâtiment ! Tas d’inverties ! Grosses gousses ! Se réapproprier les insultes fait un bien fou… N’est-ce pas, gougnote ? On pourra aussi en inventer, et certaines convives vont se montrer très imaginatives : barattes à moules !  

Il faut bien rire un peu. Et puisque je fais désormais parfaitement la distinction entre mesdames Dupont et Dupond, il est temps de passer à mon nouveau sujet d’étude. Alors… Ce sera un spécimen célibataire, grand consommateur de plaisirs. Bientôt quarante ans et une collection indécente de conquêtes, éternellement entre deux amantes et un plan cul, celle qui ne pourra pas terminer cette randonnée sans avoir couché avec quelqu’une, j’ai nommée Marina, Madame la Tombeuse. 

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Mesdames Dupond et Dupont 

Madame la Professeure

Supporterez-vous les courbatures, le poids du sac, la poussière collée à la sueur, les marbrures de crasse, le rêve lancinant d’une douche, les petits bobos, les croquenots ? Vous pourrez dormir nue dans un duvet chaud et aurez le sommeil du Juste, êtes-vous prête pour la Rando Gouine ? 

Alors en avant, marche ! Dix jours de montagne avec que-des-gouines ! À croire que la nature est aussi généreuse en homosexuelles qu’en oiseaux ou en plantes. On observe des spécimens variés, des grands, des petits, des lents, des rapides, des discrets, des flamboyants… 

J’ai parlé de la petite troupe que nous formions et de Madame la Commissaire, Carole, que j’avais eu l’occasion de rencontrer par le passé, dans un tout autre contexte, dans l’exercice de ses fonctions. Ce spécimen-ci me posait quelques difficultés d’approche ; je ne trouvais rien pour engager la conversation. J’aurais dû simplement lui dire : 

– Au fait, on se connaît… 

Cela m’aurait lancé. Mais je n’y parvenais pas, de but en blanc, et pensais toujours qu’une meilleure occasion se présenterait. Carole me paraissait tellement… Je ne sais pas, cartésienne, logique ? Insurmontable, une montagne d’assurance que je ne savais pas aborder. Je crois qu’elle le sentait et posait parfois sur moi le même regard sondeur qu’autrefois au commissariat : 

– Quelque chose à cacher, peut-être ?

Du coup, j’avais l’impression d’avoir de lourds secrets. L’amie de Carole, Valérie, était plus accessible, professeure de français, on a vite trouvé à discuter. La Littérature nous a rapprochées, ou divisées, nous devisions en marchant, faisant fuir, à la longue, les autres randonneuses. Nos deux sportives évoluaient dans le groupe de tête, tandis que nous demeurions à la traîne. La faute à Jean-Jacques, aux herbiers de l’enfance et à l’art de la promenade. 

« Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. »

Il fallait nous rappeler à l’ordre, Carole et Cat râlaient, alors quoi, on faisait de la rando ou on rêvassait ? Nous les encouragions à nous distancer, à continuer en courant si cela leur chantait, en sachant pertinemment qu’elles en étaient capables. 

Valérie : Vas te fatiguer, Chérie, vas ! 

Sidonie : Run, Forest ! 

Nous n’avons pas toutes réalisé des herbiers étant petites, ni peuplé notre imaginaire de personnages de fiction. Certaines jouaient concrètement aux billes et au ballon dans les ruelles. 

Valérie : Tu arrives à la suivre ? 

Sidonie : Non. Toi ? 

Valérie : Non. Elle fait du sport tout le temps ? 

Sidonie : Oui. Elle court, plus piscine et tennis.  

Valérie : Moi, elle court, plus sports de combat. 

Sidonie : Ah oui…

Valérie : Sinon, tu as lu aussi les Confessions ? 

Sidonie : Bien-sûr ! 

« Je me souviens de mes premières lectures et de leur effet sur moi : c’est le temps d’où je date sans interruption la conscience de moi-même.»

Valérie raconte comment son goût des livres lui est venu, par ennui, par solitude, parce qu’elle vivait chez une tante taiseuse et bigote, à deux pas de la bibliothèque municipale. Elle a commencé par emprunter un livre pour l’école, Les Trois Mousquetaires. Elle a adoré le texte, l’aventure, l’amour, les rebondissements, et a emprunté tous les autres Dumas disponibles. De là, elle n’a plus cessé de lire, en s’avalant des œuvres complètes, ce que j’ai pas mal fait, moi aussi. 

Valérie : Tout Rousseau, et puis tout Proust, tu vois ?  

Je vois, on développe une affection à l’égard d’un écrivain, une dépendance, à sa musique, à sa voix, on termine son livre à regret, on passe au suivant, cherchant à retrouver ce qui nous touche, ce qui nous parle. Chante, Marcel, chante…

Valérie : Mais finalement, dans la vie, ça m’isolait encore plus.

Il faut finir le chapitre, ne pas manger, ne pas dormir, ne pas sortir prendre l’air ou alors, avec son bouquin sous le bras. On apprend à lire partout. 

Valérie : Des amis pour quoi faire ? Parler à qui ? 

Décrochage… Décrochage avec les adultes pour commencer. La Littérature comme refuge, pour entrer dans un monde habité, alors que la vraie vie est vide, ou quadrillée d’interdits, d’impasses. On pense que vous avez le goût de l’étude, ce n’est d’abord qu’un besoin éperdu d’être libérée de la réalité et de ses carcans. L’étude vient ensuite, d’elle-même.

Valérie : Et dans les classes littéraires, il y avait peu de littéraires. 

Elle est pâle et fine, blonde, avec des yeux bleus si lavés, des regards si lointains, que j’ai du mal à les lire. Diaphane, souple, fragile, élégante comme une page de beau papier. Je me dis qu’elle a dû essayer avec les hommes, ou sinon, probablement leur plaire. (Et c’est assez juste, puisque j’apprendrai plus tard que Madame la Commissaire l’a enlevée à un libraire, cinq ans plus tôt.) Et j’ai beau l’observer, à la loupe, comme un herboriste devant un nouvel échantillon de sa collection, je ne lui trouve rien de commun avec les lesbiennes que je peux connaître. Gouine, elle ? Je ne prétends pas être infaillible quant à la détection des préférences sexuelles chez les individus, mais il y a tout de même des femmes chez qui je « sens » le terrain homosexuel. Il est plus ou moins net et dessiné, mais se découvre, dans une attitude, un geste, un regard, je le devine, suis à même de le reconnaître. Mais là… Spécimen à part. Branche cousine. Catégorie singulière. Rareté des montagnes. Edelweiss. Leontopodium Alpinum. Etoile des Glaciers. 

Valérie : J’aimais bien les maths aussi, je trouvais ça reposant, j’ai hésité pour mes études… 

Elle n’en finit pas de me surprendre ! Mais quelle variété est-ce donc ? Personnellement, j’ai développé très tôt une aversion pour les mathématiques, que rien n’a pu lever, qui m’a toujours poursuivie. Les cours de soutien me collaient des migraines. Me contraindre pendant des heures à réfléchir à autant de fadaises relevait de la torture. Mais je m’en tape de ton robinet qui fuit, de tes balles rouges et de tes balles bleues, la probabilité que ça m’intéresse est nulle ! Et quand bien même j’essayais, je n’y parvenais pas, mes résultats ne tombaient jamais juste. Ça m’humiliait, je me fâchais, balançais tout à travers la pièce. Purée, mais j’appelle un plombier ! Je quantifie mon sentiment d’infériorité, je mesure mon inadéquation aux Sciences Exactes ! 

Je me souviens de ce professeur malgache, très gentil, très patient, très mauvais en français, qui me disait avec son accent à couper au couteau : 

– Maisel, les mathématiques, c’est facile : il suffit d’écrire. 

Écrire ? Avec lui, j’ai réellement halluciné. Il me faisait des démonstrations enthousiastes dans une langue incompréhensible, passionné, émerveillé par la clarté de ses raisonnements, blanchissant le tableau de signes étranges… Il écrivait ? J’étais au spectacle, il roulait des yeux, arpentait l’estrade, ouvrait les mains : 

– Voyez ? Il suffit d’écrire ! 

Mais je reviens à mon exemplaire Valérie. Ça me turlupine : gouine ? En couple avec le spécimen Commissaire ? De la famille des rustiques, persistants, tannés, ténébreux, baraqués, karaté ? Ah oui ? Ah tiens. Ah bon. Le jour et la nuit. Parce que, par ailleurs, pour ce qui est des couples, j’observe, à l’inverse, dans certains cas, que les individus qui nichent ensemble, se ressemblent. Exemplaire en doublon. La taille, la tête, la voix, tout, coiffées, habillées, à s’y méprendre, à confondre leurs prénoms, Laure et Lise, laquelle est laquelle, Dupont et Dupond… Ce phénomène de mimétisme, et quasiment de gémellité, me laisse également perplexe : elles sont ensembles, elles sont pareilles… 

Alors que chez Carole et Valérie, rien de commun. Ni dans les proportions, la silhouette ou la tenue vestimentaire. Et des métiers, une culture, des goûts différents, sauf l’une pour l’autre, visiblement, pour se mettre d’accord. Je les trouve improbables ensemble, mais je vais m’y faire. 

Valérie : Ça monte ! Je sens que ça va être dur ! 

Sidonie : La rando, tu le fais pour elle ? 

Valérie : Honnêtement, oui, je me force. Mais je ne l’accompagne pas tout le temps. Si c’est trop haut, trop roots, pas de douche, je ne viens pas. Elle le sait, le sport et moi, ça fait deux. 

Effectivement à la regarder, on n’imagine pas Valérie courir pour le plaisir ou faire une prise de karaté à qui que soit. Le calme d’une bibliothèque, le cadre d’une salle de classe, lui siéent tellement mieux ! Elle pourrait même être d’un autre siècle… Contemporaine de Rousseau qu’elle aime tant, par exemple. Une salonnière, une intellectuelle, comme Madame Roland ou Olympe de Gouge. Enfin… Leur sort n’est pas enviable, elles ont été décapitées à cinq jours d’intervalle sous la Terreur. Quel dommage. Elles écrivaient si bien, leurs idées étaient louables ! L’égalité des sexes, la liberté d’expression, l’abolition de l’esclavage, une Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne ! Elle savait bien, Olympe, que si n’apparaissait pas le mot « femme » dans le titre du document officiel, le terme universel d’« Homme » n’allait pas garantir l’égalité entre les citoyens des deux sexes…. 

Jusque-là, les filles avaient été gavées de Vies de Saintes, de Manuels d’Instruction, de Morale et d’Economie domestique. Ornés, s’il-vous-plait, de gravures récréatives. On leur avait donné, jusqu’à la nausée, des Recueils de Chants, de Contes et d’Historiettes, à l’usage des demoiselles. Des ouvrages composés pour convenir à leur condition et à leur esprit. Le Roman et les essais étaient proscrits. Alors évidemment, quand toute cette matière intellectuelle avait été enfin accessible, les filles s’étaient jetées avidement sur tous les champs de la connaissance ! (Emilie du Châtelet emportait tout en mathématiques, elle.) 

Nul doute qu’au XVIIIe siècle, Valérie, Madame Edelweiss, lettrée, éclairée, aurait rejoint la fougue et la curiosité intellectuelles de Manon Roland :  

« Je porte dans l’étude une ardeur que je voudrais bien apprendre à diriger avec fruit, car je me sens faite pour l’employer utilement. C’est la seule carrière qui me soit ouverte, je brûle de m’y élancer. (…) Par ma situation, qui ne doit pas changer de sitôt, je vois que l’étude est ma ressource et mon principal objet. (…) 

Et donc, Valérie aurait été pareillement lucide : 

« En vérité, je suis bien ennuyée d’être une femme : il me faudrait une autre âme, ou un autre sexe, ou un autre siècle. Je devais naître femme spartiate ou romaine, ou du moins, homme français. Comme tel, j’eusse choisi pour patrie la république des lettres, ou quelqu’une de ces républiques où l’on peut-être homme et n’obéir qu’aux lois. »

Et prisonnière : 

« Mon dépit à l’air bien fou, mais réellement je me sens comme enchaînée dans une classe et une manière d’être qui n’est pas la mienne. Je suis comme ces animaux de la brûlante Afrique qui, transportés dans nos ménageries, sont forcer de renfermer, dans un espace qui les contient à peine, des facultés faites pour se déployer dans un climat fortuné, avec la vigueur d’une nature forte et libre. »

Et seule : 

« Mon esprit et mon cœur trouvent de toutes parts les entraves de l’opinion, les fers des préjugés, et toute ma force s’épuise à secouer vainement mes chaines. Ô liberté ! Idole des âmes fortes, aliment des vertus, tu n’es pour moi qu’un nom ! A quoi me sert mon enthousiasme pour le bien général, ne pouvant rien pour lui ! »*

On voudrait lui répondre : Votre enthousiasme nous sert aujourd’hui, Manon ! Valérie ne saurait vivre sans vous ! 

A la louche, le Tribunal Révolutionnaire de 1793 exécute une personne sur deux. Le procès de Manon est expéditif : une petite journée, sentence le soir même. Les Parisiennes ne traverseront plus la Place de la Concorde sans penser que là, se tenaient les Bois de Justice, la Faucheuse, la Bascule à Charlot… et de grandes Femmes libres. 

Je voudrais encore citer Olympe de Gouge et aussi Condorcet, si chers à Valérie, mais je m’éloignerais trop de ma Rando Gouine du XXIème siècle.

Un kilomètre à pied, ça use, ça use… Et les autres marcheuses ne sont plus que de petits points colorés, à flanc de montagne.

Valérie : On va se faire chambrer. 

Sidonie : Tant pis. 

Valérie : J’espère qu’il restera de l’eau chaude… 

Sidonie : Tu veux accélérer ?  

Valérie : Oh non… 

Nous poursuivons tranquillement notre exploration des Archives de la Révolution, et arrivons tardivement au gîte, où les autres sont déjà douchées, changées, attablées devant une deuxième tournée d’apéritifs.

– Hou… 

Se faire huer après une telle conversation… 

En voyant Madame la Commissaire, qui rit de nous, je me dis : Au XVIIIème siècle, elle n’aurait pas pu prétendre à une carrière dans les métiers de l’ordre et des armes. (Ensuite, je ferai mes recherches et découvrirai que le concours de Commissaire a été ouvert aux femmes… En 1977 ! Pardon, ce n’est pas si vieux, c’est plus jeune que moi !) 

La douche est tiède. Et nous mangeons comme des ogresses. Quel bonheur, ce séjour, avec autant de lesbiennes ! J’en écrirais des pages et des pages… Je parlerais de leurs dîners, leur connivence, leur plaisir à être réunies. Mais dirais-je jamais assez bien comme elles sont la preuve vivante qu’il est magnifique d’être homosexuelle ? Honnêtement, un spécimen comme ma compagne, à lui seul, suffit à le démontrer. J’évoquerai encore leurs silences, la nuit venue, les yeux tournés vers la voûte céleste. Mais qu’elles sont belles, les gouines, sous les étoiles ! Et quelle allure, Darling, appuyée à la rambarde, noble dame de Warens, femme à l’Etat de Nature, devant tant d’harmonie, le paysage était à vos pieds. Les monts se couchaient, auréolés de rose et je repoussais toujours mes travaux d’écriture, ne voulant rien perdre de la vie qui s’offrait, palpable, chaude, douce, courbatue. 

Allons, faites plaisir à Valérie, reprenez un peu de Jean-Jacques, pour la route : 

« Après le souper, quand la soirée était belle, nous allions encore tous ensemble faire quelques tours de promenade sur la terrasse, pour y respirer l’air du lac et la fraîcheur. On se reposait dans le pavillon, on riait, on causait, on chantait quelque vieille chanson qui valait bien le tortillage moderne, et enfin on allait se coucher, content de sa journée et n’en désirant qu’une semblable pour le lendemain.»

Et le lendemain, en avant, marche ! Nous allons poursuivre les sentiers et ce feuilleton pédestre avec un nouveau sujet d’étude, ce sera le doublé : Mesdames Dupont et Dupond. 

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* Manon Rolland, lettre à Sophie Cannet, 5 février 1776.

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Madame la Professeure

Madame la Commissaire 

Je dînais dans un gîte de montagne, avec Cat (ma compagne), une poignée d’amies, et un groupe d’une dizaine de randonneuses que nous venions à peine de rencontrer. Parmi ces dernières, l’une m’a tout de suite paru familière, mais il m’a fallu plus d’une heure pour retrouver qui elle était, et dans quelles circonstances je l’avais rencontrée. 

– Mais c’est qui, mais d’où je la connais, je la connais, mais c’est qui, bon sang, c’est qui ?

Quand elle s’est levée de table, preste, dynamique, pour aller chercher quelque chose dans sa chambre, ça a fait « tilt ». Sportive, autoritaire, décidée, flic ! 

Il existe de nombreuses façons de rencontrer des homosexuelles. En voici une :  

Il y a quelques années, je me suis fait arrêter par la police, une méprise, alors que je venais de sauver quelqu’un, malgré moi, d’une agression, sur le périphérique parisien. La peur de ma vie. Le hasard des rencontres. Une course poursuite. Un type qui se jette dans votre voiture. Des assaillants qui essayent de l’en extraire. Des cris, des insultes, des coups, du sang. Le temps de comprendre, on a appuyé sur le champignon, on est devenu pilote. Quelques centièmes de secondes d’avance. Plus aucune vitre. Les impacts sont tellement forts, je crois qu’on me tire dessus. Un mec en sang, la portière ouverte. Des barres à mines coudées, aiguisées, plantées dans ma carrosserie. La fuite, l’entrée en trombe dans Paris. Et moi, voyant les gyrophares de la Police, me croyant sauvée. 

Misère, je n’avais jamais approché les forces de l’ordre d’aussi près. Ne tirez pas, ne me jetez pas en prison ! Ils m’ont fait flipper… Extraction du véhicule, bras dans le dos, plaquage contre la voiture, comme la dernière des criminelles ! C’était sans ménagement. Le mieux, sur le coup, était de ne rien dire, ne pas résister, laisser tout le monde se calmer et se rendre compte de l’énorme erreur commise à mon endroit. Je suis innocente ! Une honnête mère de famille ! Et on est prié de me vouvoyer ! 

Riez, cette histoire aurait pu m’être fatale ! Je n’ose pas imaginer ce que les assaillants auraient fait de moi, s’ils m’avaient attrapée, alors que je venais de leur soustraire leur proie. Quelques centièmes de seconde d’avance, l’effet de surprise, cela peut être déterminant… Portière, barre à mines, vitres, pied déjà enfoncé sur l’accélérateur. 

Et heureusement, mais heureusement, ma fille n’était pas assise à l’arrière de la voiture. Je pense que j’aurai alors cherché à l’en faire descendre, et me serais arrêtée. Mon Dieu… Et heureusement encore, dans le camp des policiers, la méprise sur mon compte va se dissiper assez vite. Tout de même, une poignée de minutes face des gens armés qui vous considèrent comme quelqu’un de potentiellement dangereux, ou louche, sont extrêmement longues et désagréables. On se sent mal, même quand on est l’innocence incarnée ! Je claquais des dents, ne pouvais pas contrôler les vagues de tremblements qui m’assaillaient. Une bosse bleue me poussait sur le front. 

Vérification faîte, casier vierge, me voilà conviée au commissariat. Quoi, maintenant ? Mon passager a été emmené à l’hôpital. Il avait beaucoup de sang à la tête. Il en a mis partout dans la voiture (qui n’est pas la mienne car je n’en possède pas, et ai d’ailleurs une sainte horreur de conduire ; je ne suis qu’une rêveuse miro qui craint de mettre la vie des autres en danger.) 

Au commissariat, j’attends… J’attends, j’attends… Enfin, je suis conviée à entrer dans un bureau. Premier policier : « Nom, Prénom. » Mais nous sommes interrompus, une autre affaire a surgi. Une famille vient quasiment de s’entretuer. Deuxième policier : « Nom, Prénom, vous allez me raconter du début. Non, vous allez attendre ici. » Je poireaute, mon affaire prend visiblement du retard, j’entends que certains agresseurs de mon passager ont été appréhendés, j’ai la trouille de les recroiser et me remets à trembler. Troisième policier : « Alors, à nous… »

Mais une femme déboule dans le bureau, sans uniforme, portant une chemise blanche, sur un jean. 

– Tu peux aller aider, là-bas ? 

Comme le policier se lève immédiatement et sort, je comprends qu’elle est plus gradée. Elle me fixe rudement, cherchant dans mes yeux la faille du criminel, sans doute, par habitude… Puis elle s’adoucit. « Ah oui, cave, casier vierge. » 

Madame la Commissaire a la quarantaine, le cheveu dru, noir et court, l’allure sportive. Je pense tout de suite qu’elle est lesbienne. Mais je ne veux jamais être trop sûre de l’idée que je me fais de la sexualité des gens. Et puis, cette fenêtre sur l’homosexualité potentielle de mon interlocutrice est vite refermée. Madame la Commissaire me jauge, pose le regard sur ma bosse. 

– Alors, ils ont été un peu rudes les collègues ? 

– Un peu. 

– Ils se sont excusés ? 

– Non. 

Elle va le faire pour eux, m’offrir un café, ce qui va me laisser penser que je peux lui poser quelques questions sur mon passager. 

– Mais c’est qui, l’homme qui est monté dans ma voiture ? 

Madame la Commissaire n’est pas bavarde, je ne vais pas insister. Le bonhomme est, comment dit-on ? Bien connu des services de Police. Lui et les autres, une vraie bande de dégueulasses. Des maquereaux en bande, la plaie des bas-fonds. J’aurai préféré sauver un brave type, on ne choisit pas. 

Madame la Commissaire va écouter ma version de l’histoire, en l’interrompant de questions brèves, épaule contre une étagère, bras croisés, tête baissée. Je passe sur le détail de cette palpitante aventure (portière, barre à mines, vitres, pied déjà sur l’accélérateur…) pour ne donner que la fin de ma narration :  

– J’ai cru que ces hommes allaient nous poursuivre alors j’ai foncé tout droit, jusqu’à tomber sur la Police, qui m’a confondue avec Florence Rey.

En service, Madame la Commissaire n’avait pas trop d’humour. A la montagne, elle s’avéra en avoir beaucoup plus. Elle était même drôle à table, et cela m’a étonné… Je l’imaginais dans la vie aussi sérieuse qu’au commissariat. Elle m’impressionnait. J’aurai voulu la questionner sur sa vocation, mais, ce n’était ni l’endroit, ni le moment. Je me suis même gardée de me rappeler à son souvenir, puisqu’elle n’évoquait jamais sa profession. Elle ne m’avait évidemment pas reconnue. 

Je me demandais si Madame la Commissaire avait toujours voulu intégrer la Police… Moi j’ai toujours dit que je serai écrivain, mais, à 40 ans révolus, je n’ai pas encore franchement réussi. Je ne suis pas accomplie, je n’y suis pas. 

Et, j’avais donc ma confirmation : Madame la Commissaire est bien lesbienne ! Alors là, j’étais contente, quand même, d’avoir vu juste. C’est qui qu’est pédé ? C’est la poliiice ! Elle était là avec sa compagne, à qui j’aurais aimé également poser quelques questions : 

– Est-ce que Madame la Commissaire pose son flingue sur la table de nuit, est-ce qu’elle a des fantasmes de soumission, est-ce que tu lui marches dessus avec des talons aiguilles ? 

J’aurai voulu mener mon enquête, voyez… 

Non, sérieusement, j’aurai aimé savoir comment elle supportait la profession de sa conjointe. Vivre avec l’idée qu’un certain danger plane sur la personne qu’on aime me semble terrible. Madame la Commissaire peut, un jour ou l’autre, n’importe quand, croiser des gens pouvant menacer son intégrité physique. Non, personnellement, je ne sais pas si je pourrais le supporter. Ma compagne est décoratrice, alors… Le seul truc dangereux dans la décoration, c’est le canapé, dès lors qu’il y a plus d’une lesbienne pour le transporter. 1 Canapé + 2 lesbiennes = danger = occasion de toucher à l’intégrité du corps. C’est vérifié, c’est prouvé. Sinon, la profession est sans risque. [Message personnel à la décoratrice violemment tentée par Cat sur du lin gris nuage : Ne vas pas retenter ta chance, sinon je te le fais manger, ton canapé, et avec lui tout le Conran Shop.]

Madame la Commissaire, qui se prénomme Carole, et sa compagne, Valérie, allaient marcher dix jours avec nous. Que d’homosexuelles sur cette montagne ! Que de gouines à l’assaut des cimes ! Et combien de sujets d’études… Alors, allais-je me spécialiser dans l’observation des lesbiennes randonneuses, ces petites bêtes qui montent, qui montent, et que je poursuis, toujours avec une longueur de retard ? Pour le savoir, vous lirez la suite de ce palpitant feuilleton pédestre : Madame la Professeure. 
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Et pour plus d’érotisme lesbien, direction Amazon

 

Madame la Commissaire 

Septembre sera lesbien ! 

Un deuxième récit érotique, mais oui ! Il est là, pour la rentrée, tout chaud ! Il est plus gros le premier et encore plus torride, encore pire. Toutes les lesbiennes l’attendaient, en rêvaient, même. 

Planète Cat, enfin le voilà.

De l’amour ! De la passion ! Du sexe, ma parole ! Bouillantes homosexuelles ! 

Je l’écris depuis avril. J’ai souffert. Maintenant je le lâche. Il est comme il est. Dead line début septembre, la rentrée, nous y sommes, il pleut, c’est la maaaaaarde, alors un peu d’érotisme ne peut pas nuire. Des lesbiennes en personnages principales, cool. Et des vraies, pas des caricatures, des ersatz. 

N’ayons pas peur de comparer la femme aimée désirée attendue merveilleuse, à de la came ! 

C’est bien écrit, honnêtement, c’est léché, lisez-le ! 

Disponible sur Amazon
Septembre sera lesbien ! 

Français Môssieur ! (Insomnie fatale électorale)

Une heure du matin, deux heures du matin… Certaines nuits, de chez moi, on entend un peu le périphérique, cela dépend du vent. Je regarde dehors. Il y a d’autres insomniaques dans le quartier. 

J’ai peur de ce que les français sont capables d’exprimer au second tour, de l’écrasant patriarcat et de ces femmes qui le porte, largement aussi insultantes et basses de plafond que les mâles dominants, ces femmes qui distillent la haine et les phobies, xénophobies, homophobies, connasses serviles, imbéciles adjuvants d’un système qui les méprise et qui nous oppresse, sordides kapos, suppôts de la phallocratie, de l’ethnocentrisme et de la médiocrité. 

Prenez garde à elles, qu’elles ne vous pointent du doigt, vous auriez maille à partir avec leur service d’ordre. Je ne cite pas de noms, sinon je m’expose à une mort certaine lors des premières purges. On élimine toujours en premier ceux qui écrivent, les brutes nous détestent. 

Les vraies valeurs de la France, oui Môssieur, Français Môssieur ! Pays de brutes. J’ai peur de ce que cette bêtise pourrait avoir de néfaste sur mon quotidien. Femme, homo, vivant avec une étrangère, j’ai presque tout pour plaire ; il me manque un taux de mélanine un peu plus élevé et un patronyme à consonance terroriste, une tête à casier judiciaire… La France connait ses ennemis, les vrais méchants, les vrais faux frères, sur qui on va pouvoir cogner, enfin, après leur avoir attribué tous les maux. 

J’aime bien l’Histoire, sauf que c’est désespérant. Quand les idées de brutes se propagent, l’odeur du sang n’est jamais loin. Etant donné les chiffres de ce soir, c’est trop tard, ça pue déjà. Les gens qui se sentent salis dans leur identité vont bientôt avoir besoin de se purifier. Cela se déroule toujours ainsi : il faut des victimes expiatoires. 

Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! 

Je me sens impure, Môssieur ! 

Trois heures du matin, flip du lendemain. Le manque de sommeil va peser sur la journée. Il y aura des frissons, des suées, le sang qui cogne contre les tempes, pour rappeler qu’on est dans le rouge. 

Il existe de nombreux troubles du sommeil. Celui-ci est terrifiant, on en meurt : l’insomnie fatale familiale. Ce n’est pas la mienne, heureusement. 

Insomnie fatale électorale. 

Courage, la nuit finit toujours par passer. 

Français Môssieur ! (Insomnie fatale électorale)